
Les 50 rugissantes !
Comme tout le monde, je vieillis. Résultat, à l'instar de Laurent Baraou, et après avoir célébré il y a longtemps mes 50 ans sur une plage paradisiaque du Roussillon (pas comme toi, Laurent !?) - merci encore à mes amis vignerons qui s'étaient déplacés avec de fort belles bouteilles -, je file allègrement vers mes 65 ans. Encore 10 ans et j'en serai à 75, un âge respectable qui, traduit en contenance, est celle de mes bouteilles les plus vite bues et les plus vite pissées. Un gros effort à fournir encore et j'atteindrais peut-être l'anniversaire qui correspondra à mon centenaire, le litron, tandis qu'il me faudra un miracle improbable de la science pour me faire arriver à mon flacon favori, le magnum !

Je pourrais m'arrêter là et je passerais une fois de plus pour un couillon paresseux. Alors, j'ai cherché. Et fouillé dans mes archives pour tomber sur un rosé oublié ou un Jurançon de derrière les fagots. J'ai négligé mes clavelins précieux de Château-Chalon faute de vrai connaisseur(euse) pour m'accompagner. Il est vrai que j'ai passé l'âge (62 ans, 62 cl) pour célébrer cette curieuse bouteille ventrue... Confidences pour confidences, il doit m'en rester une douzaine à déguster les yeux dans les yeux en charmante compagnie de préférence avant que je ne sombre dans le gagatisme le plus total. Pour s'inscrire, utilisez la rubrique commentaires !
Bon finalement j'ai trouvé. Pas facile, car j'ai deux caves. Une réduite près de mon bureau et une plus copieuse mais mal rangée, donc infréquentable pour le moment. J'avais plusieurs choix, notamment du côté de Monbazillac et de Haut-Montravel, mais j'ai opté pour mon atavisme régional en choisissant un Vin de France du Languedoc, le Carignan blanc (ça vous étonne ?) et passerillé, s'il vous plaît, « Émile et Rose », qui ne sont autre que les prénoms des parents de Caroline et Marcel Gisclard, de sacrés vignerons de Corneilhan, dans l'Hérault. Étrangeté, l'étiquette affiche 75 cl alors qu'en regardant son cul (de la bouteille, pas de l'étiquette, preuve à l'appui, voir photo), on a bel et bien une 50 cl. De toute façon, vu la dimension de la bouteille, il n'y a pas à tergiverser. Seule incertitude : le millésime. Pourtant, en mon for intérieur, je suis persuadé qu'il s'agit d'un 2009.

Robe blonde et lumineuse, nez floral légèrement épicé, bouche puissante, un peu sur l'alcool, mais heureusement tempérée par une belle acidité et une sensation bénie de fermeté et de persistance. Je n'ai pas pu le tester autrement que pour l'apéro, mais je suis persuadé que de belles pâtes napolitaines, avec huile d'olive, câpres de Pantelleria ou de Stromboli, quelques anchois au sel pilés, feront l'affaire.
Vous voyez que le Carignan est digne de la Méditerranée !
Ça vaut bien une 50. Et c'est vendu 13 ¤ sur le site Vins Étonnants ! Étonnant, non ?
Michel Smith

